10.12.2009

SUR LE VOTE SUISSE (suite)

9782896490592-g.jpg

Djemila BENHABIB, auteure de Ma vie à contre-Coran (vlb éditeur), récipiendaire du Prix des écrivains francophones d'Amérique et finaliste du prix du Gouverneur général 2009 :

MINARETS EN SUISSE : ET SI ON CHANGEAIT DE PEUPLE ?

L'image de cette petite et riche enclave au coeur de l'Europe célèbre pour sa fondue, sa raclette, son chocolat, et enviée partout dans le monde pour ses stations de ski et ses lacs paisibles, miroirs où se reflètent des paysages et jardins bucoliques, serait-elle en train de changer? Que dire de sa flore humaine? Les Suisses auraient-ils subi des mutations biologiques accélérées pour célébrer le deux centième anniversaire de Darwin et sa théorie de l'évolution? Les Suisses, d'habitude si «pragmatiques», s'enflammeraient pour quatre minarets? Seraient-ils tout simplement trouillards ou plutôt courageux? Et s'ils étaient ni l'un ni l'autre? Se pourraient-ils qu'ils craignent tout simplement la montée fulgurante de l'islamisme politique partout dans le monde et en particulier en Europe ?

Une chose est sûre, les Suisses viennent de créer un précédent en assénant un coup de massue populaire à la gent politique. En effet, leur vote massif pour l'interdiction des minarets n'est pas tant une victoire de l'extrême droite qu'une défaite des politiques, incapables de recentrer le débat sur les valeurs fondamentales de la démocratie, à savoir la laïcité, l'égalité entre les hommes et les femmes et l'égalité des chances. Il est évident que ce suffrage traduit un écart de plus en plus profond entre le bon peuple et l'élite bien pensante qui avale, cette fois-ci bien difficilement, la pilule. Faut-il pour autant annuler le vote comme le réclame certains? Et pourquoi ne pas changer de peuple? Y a-t-on pensé?

La paille et la poutre...

Pourtant, tout avait été mis en place pour que l'on «vote bien». Quasiment toute la classe politique suisse, de la droite à la gauche, des écolos aux curés, des gauchos aux patrons, avait mené le bal pour appeler à voter non. On a sorti la grosse artillerie habituelle: quiconque s'affichait en faveur de l'interdiction a été accusé de xénophobe, de raciste, d'intolérant et d'islamophobe. Des alliés ont même été appelés au renfort: l'ambassadeur de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) est invité à faire campagne pour le «non» après avoir vertement critiqué la Suisse. Ce qui a fait dire au journaliste Vincent Pelligrini: «C'est un peu l'histoire de celui qui voit la paille dans l'oeil du voisin et pas la poutre dans le sien»! L'OCI, là où fourmillent des dictatures et des théocraties islamiques, qui mène une campagne acharnée pour faire reculer partout dans le monde - et à l'ONU en particulier - les droits des femmes et des homosexuels, qui fait tout pour réduire la liberté d'expression et de conscience au nom du respect des religions, des traditions et des cultures, est montée au créneau pour défendre la démocratie en Suisse.

Pendant la campagne, le bon peuple s'est bien gardé d'exprimer ses penchants. Motus et bouche cousue. De toute façon, à quoi bon? Pour les bien-pensants, la problématique est si simple: en quoi l'existence de quatre minarets menacerait-elle la quiétude des Suisses? On aurait cru entendre  Jean Charest parlant des accommodements de la Société d'automobile et d'assurance du Québec (SAAQ) et de son projet de loi 16 ou encore Françoise David qui défend corps et âme le port du voile islamique dans la fonction publique québécoise ou la FFQ qui, main dans la main avec Présence musulmane, mène la même campagne. Faites un tour en Iran et vous verrez bien quelle liberté ont les femmes dans une théocratie islamique, même en Algérie qui ne ressemble franchement pas au pays des mollahs; le sort des femmes est peu enviable. Au moins pour le bon peuple, c'est clair. On ne peut réduire la démocratie à une comptabilité d'épicier.

Laideur et lâcheté...

Qu'il s'agisse de la burqa en France, des quatre minarets en Suisse, des quelques cas d'accommodement à la SAAQ ou du port des signes religieux dans la fonction publique québécoise, on ne saurait réduire ses nombreuses manifestations à des «épiphénomènes, des micro-problèmes ou encore à des perceptions». Tout le monde sait que le problème est ailleurs. De nombreuses études, reportages et ouvrages démontrent que la Suisse a été infestée d'islamistes et que c'est à Genève que l'islam politique des Frères musulmans a élu domicile, parrainé par Saïd Ramadan qui n'est nul autre que le gendre du fondateur du mouvement des Frères musulmans, Hassan al-Banna et père de Tariq Ramadan. Le premier centre islamique - celui de Genève - a servi de modèle aux nombreux centres islamiques implantés depuis le début des années 1960 en Europe avec le soutien de l'Arabie saoudite. La Suisse va en effet assumer une double fonction dans la stratégie islamiste: celle de «coffre-fort» et de lieu de prédilection à leur propagande. De cela personne ne veut parler. Ni les politiques, ni la «bien-pensance», comme l'a baptisée Élisabeth Badinter. Pour le bon peuple, la beauté des minarets ne saurait cacher ni la laideur des discours qui s'y tiennent ni la lâcheté et surtout pas la complicité de la bien-pensance. Puisse seulement le bon peuple être entendu !

http://www.cyberpresse.ca/opinions/200912/09/01-929501-mi...

 

h_4_ill_1128434_cimetiere_847119.jpg

Jean-Claude LECLERC :

BATAILLE DES MINARETS EN EUROPE – L’ENTREPRISE POLITIQUE DE L’ISLAMOPHOBIE

Après le vote sur l'interdiction des minarets en Suisse, d'aucuns se demandent comment ce pays multiculturel a bien pu s'engager dans pareille voie. C'est un accident électoral, pensent les uns, une minorité rurale a gagné parce qu'une majorité urbaine n'est pas allée voter. Pas du tout, croient les autres, cette «surprise» aurait pu survenir ailleurs en Europe.

En réalité, une «bataille des minarets» était déjà engagée sur le Vieux Continent. Là où l'on s'oppose à la construction d'une mosquée, c'est souvent le minaret, symbole à la fois politique et religieux, qui est la cible par excellence. Mais, peu importe si les islamistes qui ont abattu les Twin Towers des États-Unis fréquentaient une mosquée sans minaret, c'est aussi l'islam qui est visé.

Certes, dans les pays européens où les musulmans sont présents depuis des siècles, ce n'est pas l'immigration récente venue du Pakistan, de Turquie ou du Maroc qui explique l'opposition au minaret. C'est plutôt une rivalité religieuse de chrétiens qui veulent préserver la domination de leur propre clocher sur les environs. Ainsi, en Grèce, des évêques de rite orthodoxe exercent un veto sur la hauteur des minarets.

Mais, ailleurs en Europe, même si de nouveaux musulmans sont peu nombreux, on veut — à défaut de pouvoir les expulser — les rayer symboliquement du pays en interdisant les minarets. Ainsi, en Autriche, les autorités de la Carinthie ont, les premières, adopté une loi d'interdiction. Au Vorarlberg, il est vrai, une telle loi a frappé une minorité plus nombreuse. Pourtant, le Centre islamique de Vienne, inauguré en 1979, avait un minaret.

Cocktail Molotov démocratique

Or ce «modèle légal» d'interdiction a suscité, ces années-ci, un grand intérêt, non seulement dans d'autres régions de l'Autriche, mais parmi des pays voisins. La loi a pris la relève du cocktail Molotov. Pourquoi incendier des symboles musulmans et passer pour des terroristes, quand on peut les frapper d'une loi et passer pour des démocrates soucieux des «valeurs» européennes?

Des copies de ces lois ont eu tôt fait de circuler dans des länder d'Allemagne et des cantons germanophones de Suisse. Leur succès en Suisse, où un parti reconnu a mené la campagne, suscite sur le plan international une vive réprobation, qui n'est cependant pas universelle. Si juifs et chrétiens s'indignent d'un recul de la liberté religieuse, des ecclésiastiques de Moscou ne cachent pas leur «compréhension». En Italie peu pratiquante et en France laïque, le référendum suisse est aussi accueilli, ici et là, avec admiration.

Bien sûr, l'Europe des droits et libertés se prépare à invalider cet interdit des minarets. Mais une contestation judiciaire pourrait réserver d'autres surprises. La victoire du 29 novembre 2009, si elle s'explique par l'inertie des forces du Non, dénote l'habileté du camp du Oui. Recours à la loi, défense de la culture, légitimité populaire auront, autant que la peur, fait une différence aux urnes.

Au reste, comme n'a pas manqué de le souligner Ulrich Schlüer, porte-parole de l'Union démocratique du centre, l'Europe serait en contradiction avec elle-même si elle rétablissait le droit au minaret après avoir interdit le crucifix dans les écoles d'Italie. «Les villes chrétiennes, a-t-il ironisé, ne sont pas censées utiliser des symboles chrétiens, mais nous sommes censés avoir des symboles musulmans.»

Comme s'il appréhendait une trêve dans cette bataille de symboles, le député Schlüer rejette l'argument religieux. (Clochers et minarets n'ont-ils pas coexisté en Europe au cours des quinze siècles d'histoire que ces deux religions y ont partagés?) Le minaret, explique-t-il, annonce la charia, cette loi qui impose, prétend-on, mariages forcés, crimes d'honneur, mutilations génitales et oppression des femmes.

La peur des Musulmans

Pour les progressistes et les féministes qu'un tel appel ne mobiliserait pas assez, ces politiciens peuvent aussi compter sur YouTube, où des fondamentalistes chrétiens font circuler Muslim Demographic, une vidéo vue par des millions d'internautes. On y annonce que les musulmans d'Europe, dont la fertilité est, dit-on, quatre fois supérieure à celle des autres, auront bientôt conquis le continent. «Dans 39 ans, la France sera une république islamique.»

Ces prédictions ont beau être démenties par des études d'institutions réputées, tel le centre Pew aux États-Unis, ou tenues pour un «mythe» au Brookings Institute de Washington, elles gagnent du terrain au sein de sociétés que chaque atrocité islamiste, reprise par des médias peu critiques, rend un peu plus vulnérables aux manipulations. Le cercle international de la peur, en effet, ne compte pas que des djihadistes.

Des politiciens arabes comme Kadhafi flattent leur population en prédisant une Europe musulmane d'ici 50 ans, pour la plus grande joie des intégristes chrétiens de YouTube, eux-mêmes à la conquête de la planète Internet. Et bouclant la boucle, à Berlin comme à Paris, des politiciens démocrates exploitent chez eux le malaise identitaire de l'après-christianisme, déclarant qu'il faut prendre l'islamisation «au sérieux».

Plus sérieuse est l'étude Conflicts over Mosques in Europe, que viennent de publier le chercheur Stefano Allievi et ses collègues, sous l'égide du Network of European Foundations et de son Initiative on Religion and Democracy in Europe. Outre un examen détaillé des cas survenus dans une dizaine de pays, on y trouve une analyse des comportements en cause et du sens à donner à ces débats.

Les tensions, expliquent ces chercheurs, ne proviennent pas des seuls fauteurs de peur, mais ils soulignent avec raison la présence «d'entrepreneurs politiques de l'islamophobie».

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/27874...

 

 

arton10356-b7bdb.jpg

Lysiane GAGNON :

SUS AUX MINARETS !

Le référendum suisse sur la construction de futurs minarets est la preuve par neuf que la démocratie «directe» est une vulgaire caricature de l'idéal démocratique, de la même façon que les tribunaux «populaires», dont les verdicts reposent sur les émotions viscérales de la plèbe, sont l'antithèse de la justice.

L'idée même de soumettre à un référendum les droits d'une minorité, en l'occurrence les musulmans, qui représentent 5% de la population suisse, devrait faire frissonner tous ceux qui ont un minimum de respect pour les libertés civiles.

Un référendum sur l'indépendance du Québec? Pas de problème, car la question ne cible aucune catégorie sociale en particulier. Mais tenir un référendum sur une religion minoritaire, c'est soumettre le sort d'une minorité à la tyrannie de la majorité.

On entend des gens s'étonner de l'indignation qu'a suscitée le résultat du référendum suisse sous prétexte qu'en Arabie Saoudite ou en Iran, on ne construit pas d'églises catholiques! Allons donc! Faudrait-il comparer la Suisse avec les dictatures les plus obscurantistes? Ce n'est pas à l'aune des croyances médiévales qui ont cours dans nombre de pays musulmans que l'on doit juger les démocraties libérales de l'Occident.

C'est d'ailleurs pourquoi Guantánamo, camp moins inhumain que les sordides geôles des pays totalitaires, a été condamné si sévèrement: parce que les États-Unis sont une démocratie, dont on attend un comportement respectueux des droits humains.

Cette affaire de minarets évoque les peurs irrationnelles hérouxvilloises. Loin de «détruire» le beau paysage suisse, les minarets y sont au nombre de... quatre! Qui plus est, la plupart des 400 000 musulmans suisses sont des Européens originaires des Balkans, et forment une population en général sobre et modérée.

Si les villes (Zurich, Genève, Bâle) où est concentrée la population musulmane ont voté contre l'interdiction des minarets, les cantons ruraux du pays ont massivement voté en faveur, assez pour que le total des «oui» atteigne 57,5%. Leur réaction ressemble à celle des Hérouxvillois qui, bien que n'ayant jamais croisé un musulman en chair et en os, se sont imaginé qu'on allait bientôt lapider les femmes adultères dans les rues de Montréal!

Il y a toutes sortes de mosquées dans le monde. Il y a les masadras pakistanaises, où l'on forme les futurs djihadistes. Il y a, probablement, une bonne majorité de mosquées pépères analogues à nos tranquilles églises. Tout comme il existe des églises monumentales et des églises sans clocher visible, il y a des mosquées avec et sans minarets. (Les minarets installés dans les villes occidentales ne répercutent pas par haut-parleur les appels à la prière du muezzin qui ponctuent la vie quotidienne des villes musulmanes, et de toute façon les municipalités auraient le pouvoir de régir la hauteur des tours et de limiter les nuisances sonores si cela s'imposait.)

Oui, il y a aussi des mosquées qui sont des foyers de terrorisme au coeur de l'Occident. Mais comme le rappelait Doug Saunders, le correspondant européen du Globe and Mail, les mosquées où ont été planifiés les pires attentats islamistes des dernières années (celles de Hambourg, Leeds et Madrid), sont de minables bâtisses de briques dépourvues de minarets, les prédicateurs extrémistes n'ayant que dédain pour ces ornementations superficielles.

Le vote suisse a été publiquement applaudi par tout ce que l'Europe compte de formations d'extrême droite, du Front national français à la Ligue du Nord en Italie en passant par le Vlaams Blok flamand... et secrètement applaudi par beaucoup d'autres, ici comme ailleurs. Cela montre que la protection des libertés fondamentales est un acquis fragile, et un combat toujours à recommencer.

http://www.cyberpresse.ca/opinions/forums/200912/03/01-92...

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://chroniquesdamerique.blog.24heures.ch/trackback/25656

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.